Une entreprise du Bassin Genevois qui travaille des deux côtés de la frontière finit toujours par se poser la même question au moment de refaire son site. Faut-il un domaine en .fr pour la clientèle française et un domaine en .ch pour la clientèle suisse, avec deux installations distinctes, deux contenus et deux factures d'hébergement ? Ou faut-il un site unique, avec un affichage de devise adapté et des pages légales qui couvrent les deux pays ? La réponse dépend de votre activité réelle, et elle se décide avant la maquette, pas après.
Nous voyons régulièrement le résultat du mauvais choix. Deux sites ont été créés à quelques mois d'intervalle, souvent par deux prestataires différents. Le second a été construit en copiant le premier, avec les mêmes textes et les mêmes photos. Personne n'a mis en place de redirection ni de signal d'internationalisation. Les moteurs de recherche se retrouvent devant deux catalogues identiques hébergés à deux adresses différentes, et ils choisissent eux-mêmes celui qu'ils affichent, généralement pas celui que vous auriez voulu. Six mois plus tard, l'un des deux sites n'a plus été mis à jour, son thème a pris du retard, et le dirigeant paie deux hébergements pour une visibilité inférieure à celle d'un site unique bien construit.
Le contenu dupliqué n'est pas une sanction, c'est une dilution
Il faut lever une confusion fréquente. Publier deux fois le même contenu sur deux domaines ne déclenche pas une punition explicite des moteurs de recherche. Le mécanisme est plus insidieux : le moteur détecte deux pages équivalentes, il en retient une seule pour la présenter dans ses résultats, et il ignore l'autre. Vos efforts se répartissent alors sur deux adresses au lieu de se concentrer sur une, les liens que d'autres sites vous adressent se divisent entre les deux domaines, et la version affichée n'est pas forcément adaptée au visiteur.
Trois outils techniques existent pour cadrer cette situation, et ils ne servent pas la même chose. La balise canonical désigne la version de référence d'une page lorsque plusieurs adresses affichent le même contenu. Les attributs hreflang indiquent au moteur qu'une page existe dans plusieurs variantes destinées à des langues ou à des pays différents, afin qu'il présente la bonne selon le visiteur. Les redirections permanentes, elles, suppriment définitivement une adresse au profit d'une autre : c'est le bon outil pour fermer un ancien domaine, et nous expliquons leur maniement dans notre article sur les redirections 301 lors d'une refonte.
L'erreur la plus courante consiste à poser des attributs hreflang entre deux pages françaises rigoureusement identiques, en espérant qu'ils règlent le problème. Ils ne le règlent pas, parce que ces attributs supposent de vraies variantes. Si vos deux pages disent exactement la même chose au même public, vous n'avez pas deux variantes : vous avez un doublon, et un doublon se redirige.
Quand deux domaines sont réellement justifiés
Nous recommandons deux sites distincts dans un nombre limité de cas, mais ces cas existent vraiment.
- Vos offres divergent franchement d'un pays à l'autre. Vous vendez des prestations réglementées en Suisse que vous ne proposez pas en France, ou l'inverse, et les catalogues n'ont presque rien en commun.
- Vous exploitez deux entités juridiques différentes, avec deux raisons sociales, deux numéros d'identification et deux directions. Chacune a besoin de ses propres mentions légales et de sa propre identité, comme nous le rappelons dans notre article sur les mentions légales avant la mise en ligne.
- Les langues diffèrent réellement, avec une version allemande destinée à la Suisse alémanique qui n'a pas d'équivalent français.
- Une contrainte contractuelle vous impose une résidence des données propre à un marché, sujet que nous traitons dans l'article sur le choix d'héberger en Suisse ou en France.
En dehors de ces situations, nous construisons un seul site. Les deux domaines peuvent parfaitement coexister : le second redirige vers le premier, ce qui préserve votre marque et évite qu'un tiers ne l'enregistre, sans créer de doublon indexable. Notre propre site fonctionne selon ce principe.

L'affichage des devises, et la limite entre le cosmétique et le commercial
Un sélecteur de devise peut couvrir deux besoins très différents, et il vaut mieux les distinguer dès le cahier des charges. Le premier besoin est un affichage adapté : le visiteur suisse voit un montant en francs, le visiteur français voit un montant en euros, et le prix affiché reste le même chiffre. C'est la règle que nous appliquons à nos propres prestations, et nous l'expliquons dans l'article sur le fait de facturer en euros ou en francs. Un site vitrine ou une page de tarifs se contentent très bien de ce fonctionnement, qui ne demande aucune mécanique de conversion.
Le second besoin relève du commerce réel. Si vous encaissez des paiements dans deux devises, avec des taux de change appliqués au moment de la transaction et des règles fiscales distinctes selon le pays de livraison, vous ne parlez plus d'affichage. Vous parlez du moteur de votre boutique, de vos moyens de paiement et de la manière dont vos ventes se déclarent. Les plateformes de commerce en ligne gèrent ces mécanismes, à condition de les configurer, et nous détaillons ce chantier dans notre article sur les paiements d'une boutique entre la France et la Suisse. Les règles fiscales et douanières elles-mêmes relèvent de votre expert-comptable ou de votre fiduciaire, et nous ne nous substituons pas à eux.
Pourquoi la duplication de pages locales fonctionne rarement
Une autre variante du même piège consiste à conserver un seul domaine, mais à dupliquer quatre-vingts pages en remplaçant simplement le nom de la ville dans chacune. Le résultat porte un nom : ce sont des pages sans substance, qui présentent le même texte à des visiteurs différents et n'apportent aucune information nouvelle. Les moteurs les identifient assez bien et les traitent en conséquence.
Une page locale a du sens lorsqu'elle contient quelque chose de propre : une intervention réellement effectuée dans ce secteur, des contraintes spécifiques à cette commune, des délais de déplacement, une référence client. Nous abordons la façon de doser cette approche dans notre article sur le choix entre un référencement local et national. La même logique s'applique au couple France et Suisse : une page dédiée à un pays doit contenir une information que l'autre page ne contient pas, sinon elle ne mérite pas d'exister.
Notre méthode pour cadrer un site destiné à deux pays
Nous commençons par un inventaire des domaines. Nous vérifions qui en est titulaire, à quelle date ils expirent, et si l'un d'entre eux a déjà été indexé par les moteurs. Un domaine détenu par une ancienne agence est un problème de propriété qu'il faut régler d'abord, et nous en parlons dans l'article consacré à la question de savoir à qui appartient votre site.
Nous cartographions ensuite ce qui diffère réellement entre vos deux marchés : les prestations, les prix, les mentions légales, la langue, les coordonnées et les références clients. Cet inventaire décide de l'architecture. Dans la majorité des dossiers que nous traitons, la divergence porte sur trois ou quatre pages, ce qui ne justifie pas deux sites, mais justifie des pages distinctes au sein d'un même site.
Nous mettons en place l'architecture retenue, avec un seul domaine principal, les redirections nécessaires depuis le second, et les attributs d'internationalisation seulement si de vraies variantes existent. Nous déclarons enfin les propriétés dans les outils de suivi des moteurs, afin de vérifier quelle version est indexée et de repérer une redirection oubliée. Notre article sur la Search Console explique ce que vous devez y surveiller vous-même.
La création d'un site se fait à distance, partout en France et en Suisse, à partir de 900 HT, et la maintenance annuelle représente 500 HT / an. Ce second point compte particulièrement ici : un site unique tenu à jour vaut toujours mieux que deux sites dont l'un prend du retard. Si vous hésitez encore entre une et deux vitrines, décrivez-nous vos deux marchés. Nous vous dirons franchement s'il s'agit d'un doublon à fusionner, de variantes à déclarer, ou de deux activités qui méritent effectivement deux sites.